Qu’est-ce que l’art à l’encaustique?

Une technique millénaire toujours vivante

L’encaustique est une technique picturale ancestrale datant de la Grèce antique. Le mot « encaustique » provient du grec enkaustikos, qui signifie « brûler » ou « intégrer par la chaleur ».

Depuis plus de 2000 ans, cette méthode consiste à peindre avec un médium à base de cire d’abeille chauffée, fusionnée à la surface grâce à la chaleur. Elle était notamment utilisée pour les célèbres portraits du Fayoum, en Égypte, dont plusieurs ont traversé les siècles sans craquer ni perdre leur éclat.

Malgré une période d’oubli, l’encaustique renaît au XVIIIe siècle, puis connaît un véritable essor au XXe siècle avec l’arrivée des outils chauffants électriques. Des artistes comme Jasper Johns et Robert Rauschenberg ont contribué à son retour dans l’art contemporain.

Aujourd’hui, l’encaustique séduit de plus en plus d’artistes pour sa richesse visuelle, sa profondeur et sa liberté d’exploration.

Peindre avec la chaleur

L’encaustique se distingue des autres techniques par l’usage de la chaleur. La cire est fondue sur une palette chauffante, puis appliquée sur un support rigide (généralement du bois). Chaque couche doit ensuite être fusionnée à l’aide d’un pistolet thermique ou d’un chalumeau pour assurer son adhérence. Cette particularité permet :

  • La superposition rapide des couches
  • La création de transparences lumineuses
  • L’intégration d’images, de tissus ou d’éléments divers
  • La gravure et le travail en profondeur dans la matière
  • La possibilité de retravailler une œuvre… même des années plus tard

La cire refroidit rapidement. Une fois figée, la surface est stable et durable, tout en restant réversible sous l’effet de la chaleur.

De quoi est composée la peinture encaustique?

La peinture à l’encaustique est composée de trois éléments principaux :

  • Cire d’abeille naturelle
  • Résine de dammar
  • Pigments

La résine de dammar permet à la cire de durcir et d’augmenter sa brillance et sa solidité.

Le médium peut être fabriqué artisanalement (avec les précautions nécessaires), mais il est également disponible prêt à l’emploi chez plusieurs fabricants spécialisés.

Une expérience sensorielle

Au-delà de sa technique, l’encaustique est une expérience profondément sensorielle.

La matière, la chaleur, l’odeur naturelle de la cire, la lumière qui traverse les couches… tout contribue à une approche tactile et vivante de la création.

La cire invite au mouvement, à la fluidité, à la transformation.
Elle permet d’explorer la profondeur, la mémoire et la trace.

Une technique ancestrale au service de l’art contemporain

L’encaustique n’est pas une technique du passé: elle est plus actuelle que jamais.

Elle offre aux artistes contemporains un médium riche, durable et expressif, capable de traverser le temps tout en laissant place à une liberté créative immense.

Les supports appropriés

Pour assurer la stabilité de la cire, l’encaustique doit être appliquée sur un support :

  • Rigide
  • Résistant à la chaleur
  • Légèrement absorbant

Le bois est le support le plus utilisé, mais il est aussi possible de travailler sur la terre cuite, le béton, le métal ou certains papiers épais.

De vastes possibilités créatives

Les possibilités créatives sont vastes :

  • Superpositions translucides
  • Textures sculptées
  • Inclusions
  • Transferts d’images
  • Gravure dans la matière
  • Combinaison avec peinture ou bâtons à l’huile

Cette technique permet un dialogue constant entre contrôle et spontanéité.

Une durabilité exceptionnelle

L’encaustique est considérée comme le médium pictural le plus durable.

La cire d’abeille possède des propriétés naturelles remarquables :

  • Imperméabilité
  • Résistance aux moisissures et aux bactéries
  • Stabilité dans le temps
  • Résistance aux insectes

Une œuvre à l’encaustique conserve ainsi sa fraîcheur et son éclat pendant des siècles lorsqu’elle est bien conservée.

« La cire est en effet indigeste pour les insectes, ce qui contribue à la conservation exceptionnelle des œuvres. Lorsque j’ai découvert cette information, j’ai été profondément surprise : imaginer que, dans l’Antiquité, on peignait avec un médium sans savoir qu’il traverserait les siècles… alors même que le bois de certains sarcophages a été grugé par les insectes, mais pas la couche d’encaustique. Cette réalité m’a fascinée ! »

Médiums encaustiques : où acheter & en apprendre plus

On me demande souvent : « Où te procures-tu ton médium encaustique ? » ou encore « Par où commencer si je veux explorer cette technique ? »

Voici les fournisseurs que je réfère régulièrement pour la qualité constante de leurs produits et leur sérieux professionnel.

R&F Handmade Paints

Fabricant internationalement reconnu pour la qualité exceptionnelle de ses peintures et médiums encaustiques.
Leur site offre également des ressources techniques pertinentes.

Enkaustikos

Entreprise spécialisée exclusivement dans la production de peintures et médiums encaustiques. Large gamme de cires, médiums et outils adaptés à la pratique professionnelle.

Kama Pigments

Entreprise canadienne réputée pour la qualité de ses pigments et matériaux pour artistes. Propose également des produits destinés à la pratique de l’encaustique.

Pourquoi moi, j’ai choisi l’encaustique

Je n’avais jamais entendu parler de l’encaustique durant mes études en arts. Ni au cégep, ni à l’université. C’est un médium discret, encore aujourd’hui peu connu. Combien de fois ai-je entendu : « L’encaustique ? Mais c’est quoi ça ? »

Je l’ai découvert en 2012, alors que j’ouvrais un commerce de matériel d’art à Cowansville. Grâce à cette aventure entrepreneuriale, j’ai eu l’opportunité d’assister à un immense salon professionnel à Philadelphie; le NAMTA. Pour un artiste, c’est un véritable terrain de jeu : nouveautés, démonstrations, échantillons… une sorte de “Toys R Us” créatif.

C’est là, en passant devant le kiosque d’une compagnie américaine, que j’ai vu une artiste travailler avec un outil chauffant. Au bout, non pas une pointe de gravure… mais une brosse métallique chauffée. La cire fondait, se fusionnait, se transformait sous la chaleur de l’outil. Ma curiosité a été piquée instantanément.

Je suis revenue avec des échantillons. Les premières manipulations ont été une révélation. J’y ai retrouvé la fluidité que j’aimais dans l’aquarelle. La liberté des médiums acryliques. La transparence. La superposition. La surprise.

Mais surtout, j’ai découvert quelque chose de nouveau.

Depuis ma découverte de ce médium, je troque mes pinceaux pour des chalumeaux.

Avec l’encaustique, la flamme devient mon outil de création. Sa force, sa largeur, son intensité modifient la matière. Est-elle fine et précise ? Large et enveloppante ? Tout dépend du chalumeau, de la distance, du geste. La chaleur devient mouvement. La fusion devient dialogue.

Et c’est là que le lâcher-prise s’installe.

On grave. On superpose. On fond. On recommence. Rien n’est totalement prévisible. La matière réagit. Elle vit.

Pour mon processus créatif — profondément lié à la liberté, à la spontanéité et à la transformation — l’encaustique n’a pas été un choix stratégique.

Ça a été un coup de foudre.